Après les échéances électorales de cette année et les résultats souvent très satisfaisants de nos candidats, est venu pour moi le moment d’exprimer quelques souhaits et regrets concernant la vie de notre mouvement et plus généralement de la politique dans notre pays. Au cours de ces dernières années j’ai beaucoup appris au contact d’élus et de responsables politiques mais j’ai aussi vécu quelques déceptions. Ces déceptions sont celles de pas mal de militants mais surtout de beaucoup de citoyens… d’où l’intérêt d’en parler. Alors allons y, point par point…
Tout d’abord, pourquoi suis-je dans un parti politique?
Comme la plupart des militants: j’ai décidé un jour de ne plus seulement refaire le Monde à l’apéro mais de participer à la vie publique en apportant mes idées, préoccupations… et parfois solutions. Un parti est (devrait être) un laboratoire d’idée et une force de proposition. Pour résumer mon orientation en 3 mots: libéral, écologiste, fédéraliste européen… J’ai donc choisi, à l’époque (fin des années 90) le parti le moins éloigné de mes idées et suis allé chez Démocratie Libérale.
Pourquoi l’UMP?
- Sur un plan purement technique, j’ai voté, au dernier congrès de Démocratie Libérale, pour la dissolution dans l’UMP, à la demande de notre président Alain Madelin et de J.P. Raffarin. Nous avons eu des assurances que l’UMP ne sera pas un «RPR bis».
- Sur le plan des idées, je suis plutôt favorable au bipartisme alors un grand parti de rassemblement des forces de droites est plutôt une avancée.
- Par pragmatisme: il me semble plus efficace de défendre des idées minoritaires dans un parti avec une forte audience… que d’être le grand gourou d’une boite dont tout le monde se fiche.
Qu’est ce qui me parait problématique dans la vie politique française?
- Le trop faible renouvellement de la classe politique et la longévité des carrières politiques; ce n’est pas simplement une question d’âge mais de vision sur le monde. Cette vision n’est pas la même quand l’espérance de vie statistique est encore de 40 ans et quand elle n'est plus que de 7 ou 8! Ors l’action politique consiste, pour bonne part, à faire des choix pour les générations futures. J’y vois une des explications pour les choix suicidaires et l'attentisme en matière environnementale. Beaucoup trop d’élus s’accrochent à leurs sièges jusqu’à ce que mort s’ensuive et considèrent qu’une investiture est une récompense pour services rendus, ce qui ne devrait évidemment pas être le cas.
- L’inculture de beaucoup de responsables politiques… oui, vous avez bien lu: Bien sûr, la plupart ont fait des études brillantes dans des écoles prestigieuses… mais hyper spécialisées et souvent il y a 2, 3 voire 4 décennies… et depuis, ils ont le nez dans le guidon avec des horaires de travail complètements dingues sans avoir notamment le temps de lire et de vraiment réfléchir. L’habitude qui consiste à s’entourer d’une armada de conseillers n’est pas une bonne solution (même s’il est par ailleurs nécessaire d’être assisté par des gens qui connaissent bien les rouages de l’administration): les brillants jeunes gens qui, peuplent les palais de la république, ont des parcours généralement tous très semblables (grandes écoles + administration). Ce qui manque, c’est la pratique du réel et celle d’un métier de la vie civile… pourquoi pas un qui produise de la valeur ajouté: Quand on dispose de l’argent des autres (le contribuable, ses enfants… et ses petits-enfants), il serait bon de savoir en gagner soi-même. Bref, les bonnes idées ça s’épuise et ça ne pousse pas sur les arbres… il faut s’immerger dans la vie pour espérer en pêcher une!
- Le verrouillage par les anciens des appareils politiques : pour accéder à des responsabilités quelles qu’elles soient (c'est-à-dire gagner le droit d’être écouté), il faut être coopté par un élu… or, habituellement on ne coopte des gens que s’ils sont convenus et sur la même longueur d’onde que le mentor. Ce système est donc une véritable machine à sélectionner des béni-oui-oui.
Quels sont les points qui posent problème spécifiquement dans notre famille politique?
- Le fait que certains de nos responsable (surtout en Alsace) n’ont pas compris que l’UMP n’est pas le RPR: l’UMP n’a pas vocation à être gaulliste! J’attends d’ailleurs toujours une explication plausible, en quoi le gaullisme serait une réponse aux enjeux d’un 21e siècle mondialisé… Le repli franco-franchouillard et les cocoricos ne semblent guère utiles si j’en juge par le déficit de notre balance commerciale. De plus, la conception gaullienne de la raison d’état à trop souvent servi d’alibi à de la simple magouille. Beaucoup de citoyens et de militants attendent une rupture claire et sans équivoques de l’héritage du RPR, notamment d’un certain goût pour les petits arrangements entre amis, tels que nous avons pu voir avec l’investiture de Alain Carignon ou le parachutage de Alain Juppé (que j’ai par ailleurs, toujours apprécié: c’est une question de principes.)
- La tradition interventionniste de beaucoup de nos responsables politiques en matière économiques: la droite aussi s’est distinguée par un usage immodéré de la subvention. Par rapport à la gauche c’est simplement la clientèle qui change: les uns arrosent tout un panel d’associations alors que d’autres ont plutôt une prédilection pour les agriculteurs ou les pêcheurs… je ne vois pas une grande différence de principe dans ces deux démarches. Elles sont similaires sur bien des points: à fonds perdus, inefficaces à long terme, électoralistes …et surtout à crédit! Bref c’est complètement contraire au bon sens et à l’intérêt général.
- Un manque de compétence et d’intérêt pour les enjeux environnementaux… il y a pourtant des exceptions, notamment l’excellente Nathalie Kosciusko-Morizet mais depuis le départ de Alain Juppé, on entend plus parler d’environnement. J’ai bien peur que cela ne soit plus une priorité. Pour ne citer qu’un exemple à ce propos, je constate que les communes de la Côte d’Azur qui balancent toujours encore leurs égouts (sans traitements !) dans la mer, au mépris de la Loi, sont majoritairement à droite (Saint-Jean-Cap-Ferrat, Roquebrune-Cap-Martin, Villefranche-sur-Mer, etc…).
- Une politique européenne minimaliste: dans le passé, l’Europe a souvent servi de bouc émissaire pour tous les manquements de nos politiques. Jacques Chirac excellait dans cet exercice et à ce titre je le rends responsable de l’échec du referendum sur la constitution. Sur ce point, je ne suis pas certain que N. Sarkozy fasse mieux car son jeux perso est en train d’énerver pas mal de nos partenaires: les allemands ont à peine digéré l’affaire Alsthom (aides publiques lorsque N.S. était à Bercy) qu’on leurs en remet une couche avec le show des infirmières bulgares (rappelons que pour beaucoup d’européens, c’est Frank-Walter Steinmeier qui a fait tout le boulot, comme il l’avait déjà fait dans l’affaire des otages de Jolo aux Philippines), le non respect du pacte de stabilité et les jérémiades sur l’Euro fort. Tout cela n’est pas favorable en terme d’image ni pour nous sortir de l’isolement dans lequel nous avait plongé Jacques Chirac.
Quelle(s) solutions?
Il n’est évidement pas question de changer la nature profonde de l’homme ni de légiférer à-qui-mieux-mieux mais de favoriser un climat de démocratie et de morale publique exemplaire . Les errements individuels ne seraient, bien sûr, jamais tout à fait exclus mais seraient automatiquement isolés et sanctionnés.
Alors voilà, pourquoi ne pas introduire plus de démocratie et de transparence à tous les échelons de la politique en généralisant un système de primaires pour toutes les investitures quelles qu’elles soient? Je ne vous parle évidemment pas du spectacle affligeant que nous avons pu voir lors de l’investiture PS à la présidentielle, ni du cirque des conventions américaines mais d’un cadre dans lequel chaque militant puisse présenter son projet et sa vision à sa famille politique dans les mêmes conditions qu’un élu sortant. (Peut-être pourrions nous également revoir le système des «membres de droit» mais ce n’est sans doute pas le plus important.) En tout cas, cette mesure, finalement assez simple, serait susceptible de régler d’un coup plusieurs vieux et récurrents problèmes… et pour une fois, sans l’intervention du législateur:
1) Cela mettrait fin, en douceur, aux carrières à rallonges: le jour où un élu n’a plus de bonnes idées, il ne pourra plus convaincre les militants et ne sera plus investis… que le meilleur gagne et on fera des économies de conseillers.
2) Cela mettrait fin aux parachutages les plus grossiers et à certains abus. (Je doute par exemple que des gens comme A. Carignon ou encore Arno Klarsfeld auraient été choisi par des militants)
3) Cela limiterait automatiquement le cumul des mandats car les militants ne l’accepteraient pas.
4) Cela favoriserait la parité tout en évitant les inconvénients des quotas: je suis certain que si les partis étaient plus vivants et transparents, les femmes et les minorités seraient déjà plus nombreuses à s’y engager car plus motivées, sachant qu’elles auraient aussi des chances réelles de pouvoir s’exprimer. Et si ça pouvait remplacer les quotas, cela éviterait que l’on doive investir quelqu’un en raison de son sexe et non pour ses compétences… ce qui n’est ni équitable, ni conforme à l’intérêt général.
Comment faire?
Afin d’éviter qu’une primaire tourne à la foire d’empoigne, Internet peut nous être d’un précieux secours. On pourrait imaginer un forum clairement structuré dans lequel chaque candidat présente sa personne et son projet …et les militants n’auront plus qu’à choisir: facile, transparent et efficace.
Voilà, je propose que nous traduisions en actes, l’adage cher à notre président: «une république irréprochable»… et il me semble que cela commence dans les formations politiques. Qu’en pensez-vous?